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Surnommé "Esoterik" par son ami l’humoriste Alphonse Allais 

Erik Satie et Alphonse Allais se sont rencontré au Chat noir, célèbre cabaret de Montmartre, découvrant qu'ils étaient nés dans la même rue de Honfleur. Ils avaient en commun, un amour inconditionnel et passionné pour : la peinture, l'absinthe, les aphorismes, les bons mots, l'autodérision et le cynisme.

Entre Trois Gymnopédies et Six Gnossiennes, entre les Croquis et agaceries d'un gros bonhomme en bois, les Trois Véritables Préludes flasques pour un chien et les Choses vues à droite et à gauche, sans lunettes, Erik Satie dessinait, photographiait, calligraphiait, écrivait (des Aphorismes, des Textes à ne pas lire). Une création à tout-va que l'Imec (l'Institut mémoires de l'édition contemporaine) et le musée Eugène-Boudin de Honfleur valorisent dans sa ville natale. L'Imec, fidèle à sa mission (regrouper les archives consacrées aux auteurs, philosophes, libraires, maisons d'édition...), a hérité de 10 000 documents déposés par la fondation Erik-Satie : manuscrits, partitions, lithos des Instruments injouables (contrebasse en peau, trombone à clavier), études de costumes et de décors pour ses ballets, réalisées par Picabia, Derain ou Picasso... Tout juste assez pour témoigner de la vie de ce compositeur hors norme, qui s'engage dans l'armée pour pouvoir démissionner du Conservatoire national de musique, où il brille par ses mauvais résultats.

Il attrape volontairement une pneumonie pour se faire réformer.

Satie compose des préludes pour le Grand Maître de la Rose-Croix, Joseph Péladan et fonde un nouveau culte, l'Eglise métropolitaine d'art de Jésus conducteur, dont il est l'unique adepte... et le seul rédacteur du bulletin paroissial. Il écrit des partitions à jouer 840 fois de suite. Clame que l'art est arrivé : « au temps du dérisoire » et crée une musique d'ameublement, jouée pour : « qu'on ne l'écoute pas ». Compose le ballet "Relâche", alors proche du mouvement dada. Puis le ballet cubiste "Parade" en collaboration avec Jean Cocteau. Satie, un temps pianiste d'accompagnement au Chat noir, un temps inspirateur de Debussy, Ravel ou John Cage. Satie qui ose malgré tout lâcher : «Toute ma jeunesse, on me disait, vous verrez quand vous aurez cinquante ans. J'ai cinquante ans, je n'ai rien vu ».

 

LIBERATION

Par Sonya Faure

publié le 19 août 2000 

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"Bonjour ! Erik Satie, Gymnopédiste"

ESOTERIK

 

C'est comme cela que s'est présenté le créateur solitaire lorsqu'il postule au titre de pianiste du plus fameux cabaret de Montmartre : Le Chat Noir. Satie occupe une place tout à fait à part dans le panthéon musical. Il reste pour toujours l'ami des originaux, des révoltés, des nostalgiques et de tous ceux pour qui la norme est ennuyeuse. L’ésotérisme était très à la mode à la fin du XIXème siècle. La plupart des artistes ont suivi cette tendance. Mais Satie pas plus que d’autres. En pré-dadaïste, il n’oubliait jamais l’ironie et la distanciation par rapport à cela. 

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Carte de visite d'Erik Satie
Annotation de partition
"Un rossignol qui aurait mal aux dents".

A la fin de sa vie, Satie fréquentait plus volontiers
des artistes peintres que des compositeurs.

Violons, guitares, mandolines, partitions : les tableaux de Braque font souvent référence à la musique. Rien de surprenant lorsque l'on sait que le peintre aime la musique presque autant que ses pinceaux. Mélomane averti, il joue du violon - qu'il a appris auprès de Gaston Dufy, le frère du peintre du même nom -, de la flûte ou encore de l'accordéon. Il fréquente aussi des musiciens, au premier rang desquels figure Erik Satie, de 16 ans son aîné, normand comme lui. Le compositeur des "Gymnopédies" venait déjeuner chaque semaine chez son ami peintre, avec lequel il échangeait aussi bien sur la peinture que sur la musique, en véritable amateur d'art: à la fin de sa vie, Satie fréquentait plus volontiers des artistes peintres que des compositeurs.

Cette amitié est particulièrement visible dans « Guitare et verre », où l'on aperçoit la partition de "Socrate", drame symphonique de Satie. En 1920, c'est aussi une partition de Satie, la comédie lyrique "Le Piège de Méduse", que Braque illustre de trois bois gravés en couleur, à la demande du galeriste et éditeur Daniel-Henry Kahnweiler.

Quatre ans plus tard, Serge Diaghilev, le père des Ballets Russes, demande à Satie une partition de ballet: Braque est pressenti pour les décors et les costumes. Mais le projet, qui aurait dû s'intituler "Quadrille", ne verra malheureusement pas le jour. Et c'est avec d'autres musiciens, Georges Auric et Darius Milhaud notamment, que le peintre fera son entrée sur les planches.

Bien des années plus tard, Braque reprend le thème de la musique avec "Le Duo", où deux figures plongées dans l'ombre encadrent un piano droit, comme un hommage discret et poétique à son ami Satie.

Ministère de la Culture Le Grand Palais

Le méta-musicien mis à l'honneur par les habitants
du 19ème arrondissement de Paris

Il est assurément l'un des premiers à réfléchir explicitement sur la musique et surtout sa musique, par le biais de partitions graphiquement innovantes, de cynisme et d'ironie structurelle ; on pourra ainsi le qualifier de premier "méta-musicien", au sens formel, puisque le vingtième siècle sera complètement emprunt d'une telle réflexion, chaque champ de recherche ou de réflexion commençant à réfléchir sur ses conditions d'émergence, notamment par le biais de l'épistémologie. 

Proche des poètes et des surréalistes, connu pour ses facéties et sa vie de bohème (toujours vêtu d’un grand feutre et arborant une longue chevelure), Satie meurt en 1925. Son œuvre soulève de nombreuses questions esthétiques. Sa musique est claire, dépouillée, elliptique, sans rhétorique, souvent simple techniquement et cependant inimitable.

Une rue de l'arrondissement porte le nom d'Erik Satie 

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Avec le Conservatoire Supérieur de Musique et de Danse, la Cité de la musique-Philharmonie, le Zénith, le Cabaret sauvage, le Conservatoire Jacques Ibert, La Gare/Le Gore (Jazz-club), le #104, les concerts d'hiver...le 19ème est sans conteste l'arrondissement de la Musique ! 

C'est donc naturellement qu'il rend régulièrement hommage aux grands musiciens, en baptisant de leur nom plusieurs de ses rues. 

La rue Erik Satie rejoint la rue Georges Auric qui est mitoyenne de la place Francis Poulec qui elle-même côtoie l’allée Darius Milhaud, bref vous retrouvez, entre autre, les noms de rue de quatre compositeurs proches et amis à leur époque.

En 1916, le Maître d'Arcueil trouvera son inspiration, pour les musiques du ballet sur-réaliste "Parade", aux Buttes Chaumont auprès de son ami Picasso. Le "gymnopédiste", comme il aimait à se présenter, est désormais l'un des compositeurs français les plus joués et les plus populaires de notre temps. Dans l'arrondissement de la Musique, la rue Erik Satie symbolise alors ce lien universel qui unit l'américain John Cage, la portugaise Joana Gama, la belge Grażyna Bienkowski, le néerlandais Ton Verstraten, l'anglais Richard Hughes, le français Nicolas Horvath, le grec Stephen Montague, le canadien James Gow, la marocaine hind chraibi...et des millions d'autres inconditionnels d'Erik Satie, sur tous les continents.

les Gnossiennes sont le cœur poétique de son œuvre
et jouent de leur pouvoir quasiment hypnagogique

Pourquoi les gnossiennes ? Ce qui semble avoir plu à Erik Satie, c'est probablement le rappel de "gnôsis" (connaissance) qui induit chez ce grand mystique que ces musiques de l'âme sont une révélation divine qui permettent une connaissance de soi. Les gnossiennes sont caractéristiques de l’écriture du compositeur, on y retrouve cette répétition obsessionnelle des motifs et des thèmes, une nostalgie grave et souriante ainsi qu’une ambiguïté dans l’expression qui se veut gaie et triste à la fois.

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